En pleine guerre au Moyen-Orient, la présentation du 15e plan quinquennal chinois (2026-2030) est passée presque inaperçue. Dévoilé le 5 mars par le Premier ministre Li Qiang, il vise avant tout à relancer une économie en forte décélération en mettant l’accent sur l’innovation technologique – dans l’IA, le quantique ou encore la fusion nucléaire, la montée en gamme industrielle et la consommation intérieure.
Le volet consacré à la décarbonation cherche à concilier réduction des émissions de gaz à effet de serre, sécurité énergétique et croissance économique. Pékin se fixe l’objectif de baisser de 17% ses émissions de CO2 par unité de PIB, contre 18% prévue dans le plan précédent. L’engagement porte sur les émissions associées à la production d’une unité de PIB supplémentaire, ce qui veut dire que le volume total d’émissions pourrait augmenter si le PIB progresse fortement. Avec une croissance annuelle de 4,5 à 5%, la hausse des émissions atteindrait 3 à 6% au cours des cinq prochaines années selon les calculs de Lauri Myllyvirta, cofondateur du Center for Research on Energy and Clean Air et membre de la plateforme Asia Society.
Energies renouvelables et nucléaire
Afin de réduire la dépendance au charbon dont l’utilisation reste forte, le plan prévoit la poursuite à marche forcée du déploiement des énergies bas-carbone. Il vise 3 600 GW de capacité solaire et éolienne d’ici 2035, contre plus de 1 800 GW aujourd’hui. Un objectif ambitieux mais largement accessible si le rythme actuel est maintenu. Cela passe notamment par le développement de gigantesques centrales dans les régions désertiques. Pékin veut aussi doubler sa capacité installée dans l’éolien en mer pour dépasser les 100 GW et atteindre une puissance équivalente de centrales nucléaires, dont la construction se fera uniquement près des côtes.
Pour la Chine, la transition énergétique reste aussi une arme de conquête économique : elle compte encore renforcer ses positions déjà ultra-dominantes dans la production de véhicules électriques, les batteries ou encore les panneaux solaires, sans oublier en amont les terres rares et les métaux critiques. L’Union européenne, qui tente de relancer son industrie avec son projet d’Industrial Accelerator Act, aura fort à faire pour retrouver un peu de souveraineté dans les technologies vertes face au rouleau compresseur chinois.