Les mystérieux acteurs derrière l’accord pétrolier entre Washington et Caracas
Le « plus grand accord pétrolier de l’histoire du monde », comme l’a présenté Donald Trump lors de son annonce le 28 août, continue à susciter bien des questions. Mais on commence à en savoir un peu plus sur les protagonistes de cette affaire. Au coeur du deal se trouve North American Blue Energy Partners (NABEP), un groupe inconnu du grand public, et même de la plupart des acteurs du secteur pétrolier, mais qui joue un rôle clé dans la prise de contrôle des réserves pétrolières vénézuéliennes par les Etats-Unis.
Pour s’assurer le contrôle effectif des quelque 65 milliards de barils de pétrole vénézuélien que la Maison Blanche affirme avoir sécurisés, il lui fallait un acteur de confiance, capable d’opérer les gisements. Pas question de passer par PDVSA, l’entreprise publique nationale, fer de lance de la politique chaviste de redistribution des revenus du pétrole à la population. Washington a donc choisi NABEP, une obscure compagnie pétrolière fondée il y a tout juste deux ans, dont le siège social se trouve aux Barbades. Peu expérimentée, elle affirmait produire 200 000 barils par jour au Venezuela avant la signature de l’accord, ce qui en ferait le deuxième opérateur privé du pays derrière l’américain Chevron. Un chiffre difficile à vérifier.
La compagnie est contrôlée par l’homme d’affaires vénézuélien Alejandro Betancourt qui a racheté le mois dernier les parts de Harry Sargeant III, multimilliardaire américain et cofondateur de la société, connu pour ses multiples activités dans le négoce de pétrole et produits pétroliers. Il jouait ces derniers mois un rôle de facilitateur officieux entre Washington et Caracas, avant de perdre les faveurs de la Maison Blanche selon la presse américaine, ce qui l’a poussé à vendre ses parts juste avant l’annonce du deal.
Le profil d’Alejandro Betancourt interroge également. Après avoir fait fortune sous l’ère Chavez, notamment grâce à de juteux contrats dans le secteur électrique, l’homme d’affaires a fait l’objet d’enquêtes menées par plusieurs pays, dont les États-Unis, pour des faits présumés de blanchiment d’argent, notamment liés à PDVSA. Il n’a pour autant jamais été condamné par la justice. Il se retrouve donc actionnaire majoritaire mais avec des marges de manoeuvre limitées à en croire le secrétaire américain à l’Energie, Chris Wright, qui a affirmé que les Etats-Unis contrôleront les flux financiers de NABEP. Le Pentagone détient désormais 35% du capital de la société au travers de l’U.S. Department of War’s Office of Strategic Capital et des dispositions ont été inscrites pour éviter une éventuelle dilution en cas d’augmentation de capital. L’accord prévoit par ailleurs que 20% de la production de la compagnie revienne au Département d’Etat avec un droit de préemption sur les 80% restants. Le gouvernement américain dispose d’un droit de veto sur la nomination de tout membre du conseil d’administration, et la majorité de ses membres devra être composée de citoyens américains. Washington espère ainsi avoir sécurisé l’accord du siècle.