L’ambassade virtuelle américaine en Iran a publié le 13 janvier un communiqué d’alerte appelant ses ressortissants à quitter immédiatement le pays. Un appel qui fait grandir la perspective d’une intervention américaine alors que le régime des mollahs réprime dans le sang les manifestations. Les conséquences géopolitiques d’un renversement de la République islamique d’Iran seraient profondes, notamment dans l’énergie, bien plus que l’enlèvement de Nicolás Maduro. D’abord car l’Iran pèse cinq fois plus dans la production mondiale de pétrole que le Venezuela. Malgré la multitude de sanctions économiques imposées au pays ces dernières années, Téhéran est parvenu à maintenir une production à des niveaux lui permettant de conserver son statut de grand producteur mondial. Selon les statistiques de l’Energy Institute, le pays a produit en 2024 pas moins de 5 millions de barils par jour (Mbj), se rapprochant de ses niveaux pré-sanctions. A titre de comparaison, le Venezuela n’atteignait même pas le million de barils jour.
Un arrêt même provisoire de l’activité pétrolière et gazière d’Iran aurait ainsi des répercussions bien plus importantes sur le marché mondial des hydrocarbures. Selon la société spécialisée Kpler, « le risque croissant fait déjà grimper la prime géopolitique sur les marchés pétroliers. Toute perturbation, qu’elle soit due à des conflits entre factions, à des restrictions à l’exportation ou à une intervention extérieure, pourrait entraîner une flambée des prix à court terme, malgré les excédents mondiaux ».
La Chine, premier importateur du pétrole iranien
Le pays qui aurait le plus à perdre d’un changement de régime en Iran est incontestablement la Chine. Pékin est en effet le premier importateur du pétrole iranien par tankers (entre 80 et 90%) et ce pétrole représente entre 12 et 13% de ses importations par voie maritime. En échange de quoi la Chine s’est engagée à investir dans les infrastructures du pays dans le cadre d’un partenariat stratégique conclu en 2021 et renouvelé en septembre 2025.
La Chine est par ailleurs un acheteur clé dans le système international désormais bien rodé de contournement des sanctions, qui permet d’écouler les cargaisons des flottes fantômes. Comme pour le Venezuela, ce système permet à l’Iran et à la Russie de poursuivre leurs exportations, et à la Chine de s’approvisionner en pétrole à des prix inférieurs au marché d’une part ; et d’autre part sans utiliser le dollar, ce qui représente un danger extrêmement sérieux pour les Etats-Unis. En effet, la valeur du billet vert repose en grande partie sur le fait qu’il soit incontournable dans l’achat des matières premières. Une hégémonie que les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) souhaitent ouvertement remettre en cause.
Si les Etats-Unis appliquaient la même politique que celle imposée à Caracas, ils mettraient théoriquement la main sur les troisièmes réserves mondiales de pétrole et deuxièmes réserves mondiales de gaz naturel. Des hydrocarbures bien moins coûteux à extraire que ceux du Venezuela, première réserve mondiale de pétrole.