Le marché carbone est sauvé. Au sortir du Conseil européen, dans la nuit du 19 mars, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a confirmé son maintien. La flambée du prix du gaz et du pétrole provoquée par la guerre au Moyen-Orient avait relancé les débats entre les Etats membres.

La veille, dix États européens avaient cosigné une lettre stigmatisant ce mécanisme comme « un risque existentiel pour de nombreux secteurs industriels stratégiques ». L’Italie, où le gaz participe pour environ 40 % à la production d’électricité, et la Pologne, dont le charbon en assure plus de 50 %, étaient en première ligne pour réclamer la suspension de l’ETS. Pour rappel, ce système européen fixe un plafond global d’émissions de CO₂ autorisées pour la production d’électricité et l’industrie lourde. Les entreprises concernées doivent donc se partager une quantité limitée d’émissions et peuvent s’échanger leurs quotas carbone respectifs. Le nombre total de quotas diminue chaque année, avec l’objectif d’atteindre 0 en 2040. Dans les pays les plus émetteurs de CO₂, le mécanisme renchérit le coût de l’industrie comme l’a rappelé le président tchèque Andrej Babis : « La tonne de CO₂ était à 87 euros en janvier. Cela détruit l’industrie. » Le prix oscille aujourd’hui aux alentours de 70 €/t.
À l’inverse, l’Espagne, dont 60 % de l’électricité provient des renouvelables, a dénoncé par la voix de son Premier ministre Pedro Sánchez, une tentative « d’affaiblir les politiques climatiques de manière injustifiée ». La France et l’Allemagne ont également défendu le dispositif. Le chancelier Friedrich Merz a salué « un succès majeur », tandis qu’Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité d’en « préserver la structure », appelant plutôt à « trouver des flexibilités » pour répondre à la crise venue du Moyen-Orient.
C’est cette ligne qui s’est finalement imposée. La présidente de la Commission a défendu un outil ayant permis de « diminuer notre dépendance vis-à-vis des importations de combustibles fossiles » et de soutenir « d’importants investissements dans la transition énergétique ». Elle a toutefois ouvert la voie à des ajustements. Une trajectoire de réduction des émissions plus « réaliste » et une possible prolongation des quotas gratuits au-delà de 2035 pourraient être intégrées à la révision du marché carbone (ETS), attendue en juin.
La Commission propose d’autres options pour réduire la facture énergétique : elle a prévu d’assouplir les aides d’État afin de permettre aux gouvernements de compenser les surcoûts liés aux énergies fossiles. Elle travaille aussi à une réforme visant à alléger les charges de réseau pour les industries énergivores et encourage les États à revoir leur fiscalité, l’électricité restant souvent plus taxée que les énergies fossiles.