« L’Europe et l’Inde ont fait l’Histoire aujourd’hui ». C’est ainsi qu’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a présenté l’accord de libre-échange entre l’Inde et l’Union européenne, entériné le 27 janvier à New Delhi. Car avec ce partenariat naît la plus grande zone de libre-échange au monde, rassemblant 2 milliards de personnes pour près d’un quart du PIB mondial. Un deal majeur, sur la table depuis plus de vingt ans et dont la signature a sans doute été favorisée par l’attitude de l’administration Trump. Ce pacte crée en effet une enceinte commerciale plus que bienvenue pour l’Inde – dont les produits sont taxés à hauteur de 50% aux Etats-Unis – mais aussi pour l’Europe, face à la pression douanière de Washington et à la concurrence chinoise. L’accord fait également office de message politique dans un contexte géopolitique bouleversé.
Bruxelles et New Dehli sécurisent un accès privilégié à leurs marchés respectifs, avec la réduction ou la suppression de nombreux droits de douane. Les pays de l’UE pourront accroître leurs exportations de véhicules, machines, vins, spiritueux et de certaines denrées alimentaires tandis que l’Inde disposera de nouveaux débouchés pour son industrie textile, joaillière et son secteur tertiaire.
Si les questions agricoles ont été volontairement écartées de l’accord, un partenariat de sécurité et de défense lui est adossé, avec une coopération prioritaire donnée à la sécurité maritime et au cyber. De même, l’énergie fera l’objet d’un partenariat accru avec la création d’un groupe de travail sur l’hydrogène vert et un projet de hubs et corridors maritimes pour les énergies propres.
Avec ces différents volets et son caractère stratégique, le message d’union affiché entre l’Inde et l’UE entend dépasser les simples intérêts commerciaux. Mais ce partenariat pourra-t-il outrepasser les profondes divergences de politique étrangère, notamment vis-à-vis de la Russie ? Entre les sanctions contre Moscou et le soutien militaire à Kiev du côté de Bruxelles, et les achats d’hydrocarbures, d’équipements militaires ou encore la coopération de défense avec la Russie du côté de New Delhi, cette alliance célébrée en grande pompe devra résister aux soubresauts géopolitiques.