Entre les Etats-Unis et l’Europe, un engagement énergétique impossible
L’accord sur les droits de douane, annoncé le 27 juillet entre l’Union européenne (UE) et les Etats-Unis, a jeté un froid. En France surtout, où acteurs politiques et observateurs ne comprennent pas le montant évoqué par le président américain de 700 Mds€ (750 Mds$) d’achats de gaz, pétrole et combustibles nucléaires – ces derniers représentant l’épaisseur du trait – par l’Europe d’ici 2029.
Pour respecter ce montant, chaque année, les 27 Etats membres devraient importer des Etats-Unis pour 200 à 250 Mds€ de gaz et pétrole, soit trois à quatre fois plus que ce qu’ils importent actuellement – 60 à 65 Mds€ en 2024, selon les données officieles. En d’autres termes, l’UE devrait importer plus d’outre-Atlantique que ce qu’elle consomme aujourd’hui, tandis que les Etats-Unis devraient exporter plus vers le Vieux Continent que ce qu’ils exportent dans le monde entier !
Equation impossible donc, qui pousserait surtout à maximiser la signature de contrats d’approvisionnements de long terme (15-20 ans) en gaz naturel liquéfié (GNL) américain au cours des trois prochaines années. « Exactement le type d’engagement que la présidente de la Commission européenne avait cherché à éviter dans le cadre de son Pacte vert pour l’Europe », explique Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste des politiques publiques énergétiques européennes, dans une note transmise au média GreenUnivers.
Si l’engagement devait être respecté, l’objectif de neutralité climatique de l’UE en 2050 peut être oublié. Le gaz américain est en effet deux fois plus carboné que ses équivalents algérien, norvégien et russe, rappelait dès février Aurélien Saussay, professeur au Grantham Research Institute de la London School of Economics, dans un article pour Le Grand Continent.
Si les montants sont inatteignables, pourquoi les annoncer ? Certains observateurs envisagent que les réacteurs nucléaires américains – petits ou grands – fassent partie de l’équation. D’autres estiment que l’UE a peut-être offert une victoire politique à Donald Trump en échange de son soutien accru à l’Ukraine. A moins que cette annonce ne traduise la prudence maximale de l’UE pour amadouer Donald Trump face au risque bien réel d’une surtaxe mortifère pour les industries exportatrices européennes.
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