« Alors qu’en 1990, un tiers de l’électricité européenne provenait du nucléaire, aujourd’hui cette part est tombée à environ 15 %. Cette réduction (…) était un choix. Je pense que c’était une erreur stratégique de la part de l’Europe de se détourner d’une source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions », a reconnu la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à l’occasion du deuxième sommet international sur l’énergie nucléaire, le 10 mars à Paris. Un propos qui témoigne du retour en grâce de l’atome dans un contexte marqué à la fois par une forte demande en électricité et une recherche accrue de souveraineté énergétique.
Mais le secteur reste « sensible », d’où l’intérêt du rapport publié par la Cour des comptes européenne sur la coopération internationale de l’UE en matière de sûreté nucléaire. Un sujet clé alors que les conflits se multiplient dans des pays disposant de centrales nucléaires (Ukraine, Iran), de même que les événements extrêmes liés au changement climatique qui peuvent perturber leur fonctionnement.
La Cour des comptes souligne la place centrale que joue l’Union Européenne en matière de sûreté nucléaire dans le monde. Avec des responsabilités diverses et essentielles, allant de la formation à la fourniture d’expertise et d’équipements en passant par la réalisation de travaux d’infrastructures, comme la construction d’une enceinte de confinement sur la centrale de Tchernobyl. Mais la Cour des comptes met aussi en lumière l’absence « d’orientation stratégique » de l’UE en matière de coopération sur ce sujet, notamment pour l’attribution de prêts et subventions ainsi qu’un manque de transparence. Elle souligne que les fonds européens octroyés depuis 2014 (600 millions d’euros de subventions pour des pays tiers et 300 millions d’euros de prêt à l’Ukraine) reposent parfois sur des considérations « d’ordre géopolitique » plutôt que sur la valeur ajoutée de son intervention en matière de sûreté nucléaire, notamment pour des projets en Iran et Asie centrale.
Enfin, la Cour des comptes européenne insiste sur la nécessité de renforcer le suivi des actions financées par l’UE. Et de citer l’exemple du prêt de 300 millions d’euros accordé à Kiev pour renforcer sa sûreté nucléaire dont le suivi est jugé « lacunaire ». Alors que la planète compte plus de 416 réacteurs nucléaires répartis dans 31 pays et qu’un « triplement des capacités nucléaires civiles installées dans le monde » a été annoncé à la COP28 de Dubaï, la coopération en matière de sureté nucléaire est plus que jamais un enjeu prioritaire.