La guerre en Ukraine ne se limite pas aux pertes humaines et aux destructions matérielles : c’est aussi une catastrophe climatique. Un rapport de l’Initiative pour la comptabilisation des gaz à effet de serre en temps de guerre (IGGAW), un collectif d’experts du climat financé en partie par les gouvernements allemand et suédois, et de la Fondation européenne pour le climat estime que le conflit a généré 230 MtCO₂ en trois ans, soit le double des émissions annuelles du transport routier en France.
Calculer les émissions d’une guerre est une tâche extrêmement complexe, notamment en raison de la difficulté à tracer les chaînes d’approvisionnement et du caractère confidentiel de nombreuses données. Plus que la valeur brute, qui comporte probablement une marge d’incertitude significative, c’est l’évolution des émissions entre les années successives qui est particulièrement instructive.
Sans surprise, les opérations militaires sont la première source d’émissions, avec une consommation massive de carburant par les chars, avions et l’artillerie. Depuis 2022, leur impact carbone a quadruplé. L’usage accru des drones n’a d’ailleurs pas remplacé les obus. Facteur aggravant : les incendies, incontrôlables en raison de l’absence de moyens et du démantèlement des services de lutte. Souvent déclenchés par les combats, ils se multiplient, notamment le long de la ligne de front. Résultat ? Des émissions en hausse de 30 % entre la première et la deuxième année, et triplées depuis le début du conflit.
La destruction des infrastructures énergétiques ajoute une couche à ce bilan : elles sont souvent des cibles prioritaires, leur destruction affaiblissant la capacité de l’ennemi à mener des opérations militaires, que ce soit en réduisant directement ses réserves de carburant ou en dégradant son économie. Les frappes ciblées sur les centrales électriques, les raffineries et les dépôts pétroliers libèrent des quantités colossales de CO₂ et de SF₆, un gaz 25 000 fois plus puissant en termes de pouvoir réchauffant que le CO₂.
En s’appuyant sur une étude publiée dans la revue Nature en 2022 qui estimait le coût social du carbone à 185 dollars par tonne de gaz à effet de serre émise, le coût total des émissions de GES engendrées par la guerre en Ukraine est évalué à 42,55 Mds$. Le 14 novembre 2022, l’Assemblée générale des Nations Unies a voté une résolution reconnaissant que la Russie doit être tenue responsable du paiement de réparations à l’Ukraine. Cela risque de coûter cher ! Mais au-delà des indemnisations, qui paiera la facture environnementale ?