2025 est la troisième année la plus chaude dans le monde. Une donnée clé, obtenue grâce au programme européen d’observation de la Terre Copernicus, lancé en 2014. Une constellation de satellites surveille en permanence notre planète et son environnement pour livrer des renseignements uniques. Des données accessibles à tous et d’autant plus précieuses à l’heure où les Etats-Unis tournent le dos à la recherche et la coopération internationale sur le climat.

Ils portent bien leur nom de sentinelles, 6 dans la famille, de Sentinel 1 à 6. Leur mission ? Objectif Terre ! Le petit dernier, de 2,3 tonnes, équipé d’un radar qui se joue de la météo et voit à travers les nuages de jour comme de nuit, a rejoint en orbite depuis novembre dernier ses cousins fièrement surnommés « les yeux de l’Europe pour l’observation de la Terre ». Une observation de la planète en réponse aux enjeux de sécurité et d’environnement, à 5,4 milliards d’euros pour la période 2021-2027, coordonnée et gérée par la Commission européenne en collaboration avec des partenaires tels que l’Agence spatiale européenne (ESA) et l’Organisation européenne pour l’exploitation des satellites météorologiques (Eumetsat). Tous ces satellites collectent des données servant de manière très opérationnelle à améliorer la gestion de l’environnement, anticiper les récoltes, mesurer les effets du changement climatique ou encore assurer le suivi des catastrophes naturelles.

Des données ouvertes à tous

Quelle mission pour le nouveau venu, Sentinel 1-D, à 693 kilomètres d’altitude, en orbite héliosynchrone – il passe presque au-dessus des pôles et son plan orbital reste quasi-constant par rapport au soleil ? En travaillant avec son presque jumeau Sentinel 1-C, il doit recueillir en permanence des données sur l’océan et la surface des continents de toute la planète, avec un renouvellement tous les jours. Outre sa capacité à repérer les bateaux via un système automatique d’identification pour les navires coopératifs et un radar pour démasquer les autres, il affinera l’observation menée par les cousins Sentinel-2 et Sentinel-3. Des satellites aux multiples compétences : le premier est capable de livrer des images faisant un suivi de la végétation (forêts, zones humides, agriculture), de repérer les changements dans l’occupation des sols (déforestation, urbanisation…), et le second de mesurer le niveau de l’océan et de ses courants, la température de surface océanique et des terres, surveiller les algues et aussi l’étendue de la glace de mer et des calottes polaires, le tout grâce à ses altimètre, radiomètre, spectromètre imageur…

Cette performance d’observation globale des Sentinel est unanimement évaluée de tout premier ordre au niveau mondial. D’autant qu’un choix stratégique a été fait : les données de base de Copernicus sont ouvertes à tous, de façon libre et gratuite. Comme confie un chercheur requérant l’anonymat, les Chinois ne sont pas les derniers à en profiter ! Et à l’heure où les Etats-Unis freinent la collecte de données sur le dérèglement climatique, les informations des Sentinel sont de plus en plus précieuses.

Lors de la COP30, à Belém (Brésil) en novembre dernier, l’analyse des données engrangées par Copernicus au fil des années a été scrutée de près, malgré l’absence de représentants de haut niveau des Etats-Unis, de la Chine et de l’Inde. C’est grâce à cette collecte que Carlo Buontempo, directeur du service changement climatique de Copernicus, a pu affirmer que « dix ans après l’Accord de Paris, le monde est plus chaud que jamais – chaque année depuis lors figure parmi les dix années les plus chaudes jamais enregistrées. Il est désormais évident que le climat évolue à un rythme que l’humanité n’a jamais connu. » Et selon le dernier rapport de Copernicus, publié le 14 janvier dernier, 2025 a été la troisième année la plus chaude dans le monde.

Une priorité : suivre le gaz carbonique

Pour les années à venir, le cap européen ne change pas : la priorité du programme Copernicus est donnée au suivi du gaz carbonique, gaz à effet de serre principal responsable du réchauffement climatique avec le méthane. Outre les mesures de Sentinel-5 (méthane, dioxyde d’azote, ozone…), lancé en août 2025 à bord du satellite météorologique MetOp-SG-A1, ce suivi devrait être assuré par une 7e branche de la famille. Sont prévus trois Sentinel-7, au nom de CO2M (Copernicus anthropogenic carbon dioxide monitoring), dotés de spectromètres mesurant dans l’infrarouge, qui donneront des précisions accrues sur les émissions de CO2 dans les lieux de combustion des énergies fossiles des pays, des villes…

Ces mesures scientifico-techniques enregistrées par satellites, analysées avec des outils de deep learning et/ou d’intelligence artificielle seront-elles suivies d’effets « bénéfiques » sur la trajectoire du réchauffement planétaire ? Hélas, malgré l’urgence, rien n’est moins sûr, surtout dans le contexte géopolitique actuel marqué par un retour des énergies fossiles aux Etats-Unis.

Dominique Leglu