Quatre mois après la capture du président Nicolás Maduro, la situation au Venezuela a nettement évolué. Si le régime chaviste est officiellement toujours au pouvoir par le biais de sa présidente par intérim Delcy Rodriguez, la politique menée est aux antipodes de celle des années précédentes. Pour preuve, la nouvelle loi sur les hydrocarbures pour attirer les grandes compagnies pétrolières qui se succèdent ces dernières semaines au Palais de Miraflores pour signer des accords sur l’exploitation des énormes réserves de pétrole et de gaz du pays

En avril dernier, de grands noms comme Eni, Shell ou encore BP ont fait le déplacement à Caracas pour valider des contrats visant à relancer l’industrie vénézuélienne de l’énergie. Si ces compagnies se sont concentrées dans un premier temps sur les projets de pétrole et gaz dits conventionnels, ceux qui nécessitent le minimum de temps et d’investissements, le groupe italien Eni s’est distingué en relançant son projet Junin-5, consistant à exploiter les huiles extra-lourdes de la fameuse ceinture de l’Orénoque. Un pétrole non-conventionnel, coûteux à produire, ce qui semble démontrer la confiance retrouvée des pétroliers vis-à-vis de Caracas. En tout cas les compagnies européennes, car pour l’instant les majors américaines comme Chevron et ExxonMobil traînent des pieds, au grand désarroi de Donald Trump qui a rencontré à nouveau leurs dirigeants le 6 mai dernier pour les enjoindre à investir dans le pays.

25 Mds$ d’engagements

L’horizon économique s’éclaircit en effet pour les compagnies privées. Grâce à la loi sur les hydrocarbures votée en janvier, un nouveau contrat-type leur permet de développer elles-même les ressources du pays, sans passer par PDVSA, l’entreprise nationale jusque-là incontournable. Les diverses royalties et taxes ont été drastiquement réduites et plafonnées avec la possibilité de les négocier davantage à la baisse selon les projets. Autant de concessions accordées pour attirer les investisseurs avec un certain succès : des engagements de 25 Mds$ sur 25 ans auraient été pris, selon Carlos Bellorin, vice-président exécutif du cabinet de consulting Welligence Energy Analytics.

Le retour des compagnies étrangères s’accompagne d’une levée progressive des sanctions américaines qui permet à nouveau au pays d’exporter son pétrole. Les exportations ont augmenté sans discontinuer depuis janvier pour atteindre 1,23 million de barils/jour, leur plus haut niveau depuis plus de sept ans. Sous tutelle de Washington, la présidente par intérim Delcy Rodriguez a été retirée de la liste des personnalités sous sanctions américaines, ce qui lui a permis de se rendre le 10 mai dernier à La Haye pour plaider la cause de son pays devant la Cour internationale de Justice sur le conflit territorial qui l’oppose à son voisin le Guyana concernant la région d’Esequibo, riche en hydrocarbures.