Coup de frein inédit dans la ruée vers l’intelligence artificielle (IA). Alors que la France veut accélérer le déploiement des centres de données, un vent contraire se lève aux États-Unis. Le signal part du Maine : cet État du Nord-Est devient le premier à vouloir imposer un moratoire sur les data centers géants. Une décision provoquée par l’explosion des factures d’électricité et une défiance grandissante face aux ambitions de la Silicon Valley. Concrètement, le projet de loi voté par la chambre et le Sénat du Maine interdit aux autorités locales de délivrer un permis de construction pour des data centers dépassant 20 mégawatts de capacité électrique, et ce jusqu’à l’automne 2027. La gouverneure démocrate Janet Mills dispose de dix jours pour signer, mettre son veto ou laisser le texte entrer en vigueur sans sa signature.

Ce coup de frein est d’autant plus notable qu’à la différence du Texas ou d’autres Etats américains abritant de nombreux data centers, le Maine n’en compte qu’une dizaine. Mais ses habitants font face à l’une des plus fortes hausses des tarifs d’électricité du pays, et envoient ainsi un message clair aux géants de la tech : l’IA a un coût et ils ne veulent pas en payer le prix. 

La décision, votée par les deux chambres, ne sera sans doute pas isolée. Onze autres États américains examinent des textes similaires, dans un contexte de contestation croissante des projets d’infrastructures liés à l’IA. Car le nombre de data centers a bondi dans le pays, et avec eux l’énergie consommée. Un constat établi par le deuxième rapport sur l’énergie et l’IA de l’Agence Internationale de l’Energie qui constate une croissance de 17% de la demande d’électricité des seuls centres de données en 2025, soit près de six fois la hausse de la demande totale mondiale en électricité (3%).