« Nous proposons de faire de l’Europe le premier continent électrifié au monde. » Par cette déclaration, Ursula von der Leyen a donné le ton lors de la présentation du plan d’action pour l’électrification de la Commission européenne, le 17 juillet. Une ambition à la hauteur des défis auxquels fait face l’Europe qui, malgré ses avancées dans les énergies renouvelables, reste fortement dépendante des hydrocarbures importés. La guerre en Ukraine avait déjà mis en lumière cette vulnérabilité. Le blocage du détroit d’Ormuz en a fourni une nouvelle démonstration, rappelant que développer les énergies bas carbone ne suffit plus : c’est désormais l’électrification des usages qui devient le véritable levier de souveraineté énergétique.
L’objectif affiché est considérable : porter la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie de 23 % aujourd’hui à 46 % d’ici à 2040. Selon la Commission, cette transformation permettrait d’économiser jusqu’à 260 Mds€ par an grâce à la réduction de la facture des importations d’énergies fossiles.
Mais le défi est immense. Depuis plus de dix ans, le taux d’électrification de l’Union Européenne plafonne à 23 %, et ce malgré une électricité déjà produite à 70 % à partir de sources locales et décarbonées selon le rapport de la Commission. L’Europe ne fait pas mieux que les États-Unis, un pays pourtant largement autosuffisant en hydrocarbures, et reste distancée par la Chine (30%) ainsi que par le Japon et la Corée du Sud. Ces économies, fortement dépendantes des importations d’énergie, ont fait de l’électrification un choix stratégique de longue date.
Le retard du Vieux Continent s’explique en grande partie par trois secteurs : les transports, le bâtiment et l’industrie. À eux seuls, ils représentent 58 % des importations de combustibles fossiles de l’UE, contre 37 % en Inde et seulement 24 % en Chine. Pour inverser cette tendance, Bruxelles entend rééquilibrer les règles du jeu entre l’électricité et les énergies fossiles, notamment le gaz, tout en réduisant le coût d’investissement des technologies d’électrification dans les secteurs les plus énergivores. Une première étape politique vers une électrification accélérée de l’économie européenne, qui devra se traduire en mesures concrètes pour réussir à combler le retard.