C’est un revirement qui fera date. Dans ses rapports mensuels du premier trimestre, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoyait encore une augmentation de la demande de pétrole dans le monde en 2026. Mais dans son rapport d’avril, elle anticipe pour la première fois une baisse de 80 000 barils/jour par rapport à 2025. Bien loin de la hausse de 930 000 barils/jour que l’organisation prévoyait en début d’année.
Entre-temps, la guerre en Iran a éclaté et le détroit d’Ormuz, par lequel transitait 20% du pétrole mondial, est fermé. L’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et l’Irak ont beau réorienter une partie de leurs flux pour contourner le blocage, 7 millions de barils/jour ont été produits en moins dans le Golfe en mars, selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).
Certains pays augmentent leur production
Face à cette baisse, le marché se réorganise et la production mondiale « reste en réalité à peu près stable », a expliqué Marc Antoine Eyl-Mazzega, directeur du Centre énergie et climat de l’Institut français des relations internationales (Ifri), lors d’une conférence. Comme attendu, certains pays ont progressivement augmenté leur production et leurs exportations : les Etats-Unis, le Kazakhstan, le Canada, l’Argentine, l’Angola ou encore le Guyana. En contournant les sanctions, le pétrole russe et même celui d’Iran – quand le pays parvient à l’écouler – contribuent aussi à rééquilibrer le marché.
Selon l’AIE, la Chine n’a toujours pas mobilisé ses importantes réserves stratégiques. Ces dernières auraient même légèrement augmenté depuis le début de la guerre. Les pays membres de l’AIE, dont la France, ont débloqué 400 millions de barils de pétrole de leurs réserves stratégiques en mars. Et ces pays « ont encore de la marge », affirme Marc Antoine Eyl-Mazzega. Ils pourraient à nouveau mobiliser ces réserves, estimées à 1,2 milliard de barils de pétrole avant la guerre, pour continuer d’amortir le choc.
En parallèle, le marché finira de se rééquilibrer avec la destruction de la demande : le chercheur évoque une diminution du transport aérien, des pénuries de diesel comme on en voit déjà en Asie du Sud-Est et un ralentissement de la pétrochimie.
Le charbon gagne du terrain
Face à la montée du prix du gaz, les pays les plus dépendants s’en remettent au charbon. La Chine, l’Inde, le Japon, mais aussi l’Allemagne et l’Italie prolongent la durée de vie de leurs centrales. Produit localement par la majorité de ces pays et facile à acheminer pour les autres, le charbon résiste mieux aux aléas géopolitiques et reste un argument majeur de souveraineté énergétique.