Les acteurs industriels cherchent des alternatives au cuivre dotées des mêmes capacités conductrices d’électricité. L’aluminium en fait partie mais son utilisation reste limitée par des freins techniques, économiques et géopolitiques. Les supraconducteurs sont prometteurs mais coûteux et réservés aux grandes infrastructures.

Les tensions sur le marché du cuivre poussent les industriels à explorer d’autres options. Parmi elles, l’aluminium est la plus fréquente. Extrait du minerai de bauxite, ce métal blanc argenté est abondant, plus léger et moins cher que le cuivre. Mais il a un inconvénient : il est nettement moins conducteur. L’industrie a commencé à l’utiliser comme matériel de substitution au début des années 2 000 pour des usages bien spécifiques comme le transport d’électricité à haute tension. Mais il peine à s’imposer dans le bâti. Pour Vincent Mazauric, directeur scientifique chez Schneider Electric, malgré tous les efforts de R&D dans le domaine, cet état de fait tient notamment à la force des habitudes. Or ses défauts, au rang desquels sa capacité à s’oxyder rapidement, « peuvent être résolus par des adaptations de design », selon lui.

Pourtant, au niveau géopolitique, l’aluminium, contrairement au cuivre, possède une filière industrielle de transformation bien implantée sur le continent européen. Elle est forte de 600 sites, dont près de la moitié en Norvège, et devrait continuer à se développer notamment grâce à un ensemble d’actions stratégiques présentées par la Commission européenne en mars 2025 pour développer les capacités industrielles pour l’acier et les métaux. Pour comparaison, les Etats-Unis importent près de 50% de leur consommation d’aluminium transformé.

Cet engagement de Bruxelles revêt une importance encore plus stratégique depuis le début de la guerre en Iran, qui perturbe fortement l’approvisionnement. La région du Golfe persique fournit en effet environ 10% de la production annuelle d’aluminium. Le 28 mars dernier, l’Iran a ainsi attaqué deux grandes usines de production d’aluminium situées à Abu Dhabi et au Bahreïn et appartenant respectivement aux sociétés Emirates Global Aluminium (EGA) et Aluminium Bahrain’s (Alba). Des tensions qui ont immédiatement fait grimper le cours du métal sur la place boursière du London Metal Exchange (LME). A cela s’ajoute une série de sanctions sur la production métallique venant d’Iran, actée par la Commission Européenne depuis septembre 2025 et ayant pris effet en janvier 2026.

Le pari ciblé des supraconducteurs

Autre alternative possible, la technologie supraconductrice n’utilise pas de cuivre, mais des matériaux rares, qu’elle refroidit avec du gaz pour faciliter le transport d’électricité. « Un câble supraconducteur remplace cinq câbles de cuivres », souligne Tanguy Phulpin, Maître de conférences à CentraleSupélec. La technologie a fait l’objet de plusieurs démonstrateurs depuis 2018. « Mais la généralisation de son usage sur des petites puissances n’est pas possible, du fait du coût financier et énergétique de ce type d’installation », indique Tanguy Phulpin.

En 2025, un nouveau projet, baptisé SupraMarine, a vu le jour, mené par un consortium constitué de Nexans, Air Liquide, RTE, ITP Interpipe, la SNCF et CentraleSupélec. L’objectif ? Généraliser le procédé de supraconduction sur les câbles sous-marins, l’une des rares infrastructures qui par son gigantisme peut rendre viable l’investissement nécessaire à l’industrialisation du procédé. « L’idée a été lancée par RTE à la suite d’une réflexion autour de l’assurabilité des parcs éoliens offshore », indique Yann Duclot, chargé du sujet pour Nexans. En effet, les assureurs sont de plus en plus réticents à prendre en charge des parcs éoliens en mer, pour des raisons de risques physiques liés aux câbles sous-marins et de perte d’énergie induite par la technologie « classique ». En effet, les câbles supraconducteurs sont beaucoup plus solides face aux chocs qu’ils peuvent rencontrer lors de leur installation ou avec les ancres. Un démonstrateur de 2 à 3 km doit être construit d’ici 2029, et une unité industrielle de 80 km d’ici 2034.

Des acteurs norvégiens, italiens, anglais et hollandais se sont d’ores et déjà intéressés à ce projet destiné aux environnements complexes. Reste à passer le cap de l’industrialisation.

Guénolé Boillot